A vous qui m’avez laissé copier trois livres de et sur Menger (à votre corps défendant)

Cher bibliothécaire de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg [BNUS], je vous écris bien que je sois sûr que vous ne vous souvenez pas de moi, puisque cela s’est passé en décembre 2011. Alors que la bibliothèque était fermée pour travaux et que nous étions relégués dans un petit bâtiment de la rue attenante où nous pouvions consulter les ouvrages indisponibles au service de prêt à domicile, j’avais demandé ce jour-là à consulter un ouvrage de Carl Menger, la fameuse seconde édition des Grundsätze der Volkswirthschaftslehre [1923], ainsi que deux livres sur Menger : la thèse de H.S. Bloch sur La théorie des besoins de Carl Menger [1937] passée à Nancy, et un livre d’Emil Kauder, datant de 1961, Carl Mengers Zusätze zu “Grundsätze der Volkswirthschaftslehre”, publié par l’université japonaise de Hitotsubashi.

Sachant ces livres rares et ayant besoin de les consulter plusieurs fois alors que je ne vivais pas à Strasbourg, je décidai de les photocopier intégralement tous trois, grâce à la photocopieuse qui avait été installée en bout de salle. Étant de tour de garde, vous aviez bien vu que je ne me contentais pas des 10% autorisés par la loi et étiez venu faire respecter l’ordre et la justice en me demandant de ne pas tout copier. J’avais beau arguer que ces livres étaient vieux de plus de 70 ans (je sais qu’il s’agit là de la loi canadienne, mais bon, on s’arrange comme on peut avec sa mauvaise foi) et probablement sorti du cadre du droit d’auteur, vous n’avez rien voulu savoir. Je faisais donc semblant d’accepter vos remontrances et de ne copier que 10% de chacun des trois ouvrages… pour m’empresser de n’en rien faire et de continuer comme avant votre intervention.

Vous êtes alors revenu vers moi pour me rappeler à mon devoir, et vous jugeant assez âgé pour ne pas avoir peur de vous ni physiquement, voire être capable de vous duper, je décidai de faire encore semblant d’obtempérer, prenant un autre livre et en changeant pour revenir à mes trois autres dès que vous aviez le dos tourné. Je crus bien lors d’une troisième intervention que nous avons failli en venir aux mains, et sans doute ai-je profité du fait que vous n’alliez pas m’enlever les livres manu militari dans un endroit on ne croise que des honnêtes gens, en même temps que de ma supériorité physique. Vous aviez feint alors de me croire sur parole lorsque je vous promettai ne pas avoir continué mon œuvre et vous êtes alors avoué vaincu.

J’ai pu donc terminer de m’approprier un peu ces livres, peut-être les sauvegarder – notamment pour les Principes de 1923 dont j’ai refait une photocopie et en possède deux, désormais, à des endroits différents – et qui survivraient aux flammes d’un incendie, dans la bibliothèque, du même type que celui de Notre-Dame de Paris1. Sans n’avoir lésé personne, je me suis donc permis de prendre connaissance d’une version d’un livre cité par Karl Polanyi, des travaux d’Emil Kauder, prédécesseur de Gilles Campagnolo dans leurs recherches sur les archives de Menger au Japon, où de lire la seule thèse à ma connaissance qui prenne en compte et discute une version des Principes introuvable en France hormis deux bibliothèques, Strasbourg et Paris. Par ce site que j’ai créé, enfin, en 2020 après en avoir eu l’idée dès 2016, en diffusant la pensée de Carl Menger sans m’enrichir pécuniairement avec ce travail, j’espère redonner un peu au lecteur francophone un peu de cet innocent pseudo-larcin que vous m’avez laissé faire. Si vous acceptez mes excuses pour la menace physique que j’ai peut-être fait peser au moment-même où vous n’aviez plus d’autre choix que de me prendre violemment les livres ou appeler du renfort au risque de créer un scandale, j’espère vous compter parmi mes lecteurs et vous apprendre des choses grâce aux livres qui sont désormais en ma connaissance via ses photocopies. Merci, malgré tout, malgré vous.

Note


  1. Ah ! douloureuse force d’un mégot laissé dans un édifice catholique où on n’a pas le droit de fumer et où les ouvriers ne sont pas réputés pour le faire, où des alarmes doivent empêcher tout feu et où le bois est normalement inflammable ! Le Diable fait des miracles lorsqu’il veut récupérer une cathédrale afin d’en faire un de ses temples, n’est-ce pas ? 

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