Carl Menger, ancien complice de Rodolphe de Habsbourg, fut-il impacté par la mort de ce dernier ?

J’avoue ne pas avoir lu assez sur la mort de Rodolphe de Habsbourg et Marie Vetsera à Mayerling en 1889, et avoir encore dans ma liste de livres à lire le Rodolphe et le secret de Mayerling de Jean des Cars1. Néanmoins un documentaire comme le « drame de Mayerling » (réalisé par Laure de Nadaillac et produit par Martange Production) montre assez que la mort du prince héritier laisse ouvertes de nombreuses questions.

L’ombre d’un doute – Le drame de Mayerling

Dans les écrits de Gilles Campagnolo sur Carl Menger, avec la grande prudence qui le caractérise, celui-ci reprend la thèse du suicide des deux jeunes amants. Or, sans avoir étudié la chose de manière approfondie, il semblerait tout de même que ce soit l’hypothèse la moins probable, et que l’assassinat soit plus probable. Quant aux commanditaires du (potentiel) meurtre, trois pistes sont évoquées :

  1. la Maison de Hohenzollern, en Prusse, pour empêcher que ce prince tourné vers la France et l’Angleterre (et Menger n’est pas étranger à cela !) ne détourne les Habsbourg de leur alliance avec eux pour les démocraties occidentales
  2. le propre père de Rodolphe ou du moins des agents austro-hongrois qui ne voulaient pas de ce prince à la tête de leur État, pour des raisons politiques coïncidant d’ailleurs avec les alliés allemands2
  3. une vengeance des sociétés secrètes qui avaient fomenté un plan pour séparer l’Autriche et la Hongrie, mettre à la tête de celle-ci Jean de Habsbourg-Toscane, un cousin de Rodolphe de Habsbourg-Lorraine, pendant que lui-même serait à la tête de l’Autriche.3 Rodolphe ayant refusé, finalement, de jouer ce rôle, le cousin serait parti en Argentine (où on perd sa trace…) quand Rodolphe aurait été tué à Mayerling en compagnie d’une fille étrange, à la mère trouble et qui pourrait très bien être la sœur de Rodolphe.

Les archives à Vienne concernant cet épisode historique ont été, parait-il, perdues, comme cela arrive encore souvent quand des réseaux occultes sont concernés, et cette disparition me fait penser que ce n’est pas la Prusse ou l’Allemagne qui seraient derrière ce meurtre. De même, j’ai du mal à croire au meurtre du fils par le père, pas plus que par des Viennois, qui auraient trouvé d’autres solutions moins radicales pour que le prince ne règne pas, sans le tuer. La dernière piste, outre qu’elle concorde avec la perte des archives, explique aussi que le corps du prince ait été mutilé, notamment les mains qui paraissent avoir été blessées.4 Je ne crois pas non plus à un meurtre de Marie par Rodolphe : celle-ci enceinte ou non, elle eût pu être écartée à l’autre bout du monde avec une rente sans que l’affaire fût très problématique. Il eût suffi qu’elle se tienne tranquille et muette. Fejtő Ferenc, dont j’ai lu le Requiem pour un empire défunt afin de comprendre les agissements des deux francs-maçons tchèques Eduard Beneš5 et Tomáš Masaryk6, croit aussi à la thèse du meurtre.

On ne sait pas, d’ailleurs ce que Menger a pensé en privé de cette mort, au-delà de sa réaction officielle dans sa « Nécrologie du prince héritier Rodolphe » publiée dans le quotidien Neue Freie Presse, le 31 janvier 1889, p. 9.

Bibliographie

CAMPAGNOLO Gilles, [2008] Carl Menger entre Aristote et Hayek. Aux sources de l’économie moderne, Paris, CNRS éditions, 232 p.

Photo d’entête : “Wien – Hofburg” par Fred Romero

Notes


  1. Sans compter les plus anciens (par ordre chronologique) : Philippe Hériat, Le secret de Mayerling, Paris, Gallimard, 1949 ; Raymond Chevrier, Le Secret de Mayerling, Paris, Pierre Waleffe, 1967 ; Célia Bertin, Mayerling ou le Destin fatal des Wittelsbach, Paris, Perrin, 1972 ; Jean-Paul Bled, Rodolphe et Mayerling, Paris, Fayard, 1989. 

  2. Les cas 1. et 2. ne sont donc pas exclusifs l’un de l’autre. 

  3. D’autres versions inversent les possessions de chacun. 

  4. Trace d’un meurtre sauvage comme signature fonctionnant comme avertissement pour tous les Faust tentés par l’apostasie 

  5. Possesseur du journal hongrois de Vienne, qui emploie Karl Polanyi de 1921 à 1923 et dans lequel il a écrit plus de 50 articles. 

  6. Avec qui Oszkár Jászi, employeur de Polanyi en 1921 et responsable d’un parti civique-radical en Hongrie entre 1914-1918 et en 1919. 

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