Biographie

Origine et cadre familiale

Menger est né le 23 février 1840 à Neu Sandez, dans la province de Galicie ou « petite Pologne », aujourd’hui région de Cracovie1, dans l’Empire austro-hongrois.

Il est issu d’une lignée de fonctionnaires et d’officiers impériaux venue de Bohème au XVIIème siècle et installée en Galicie occidentale. Ses frères et lui (dans l’ordre d’aînesse : Max, Carl et Anton) s’établissent dans la capitale (alors impériale), Vienne, au fur et à mesure qu’ils prennent une place notable dans les activités de modernisation de l’Empire : l’aîné est un entrepreneur reconnu (il devient député libéral-national en par la suite), le cadet un juriste et professeur de droit célèbre.

Formation

Après être allé au Gymnasium (lycée), il étudie le droit à l’université de Prague et de Vienne de 1859 à 1863 date à laquelle il devient journaliste.

Le 24 novembre 1865, il fonde le journal Wiener Tagblatt, qui sera nationalisé en mars de l’année suivante.2

Dès l’automne 1867, il collabore à la Gazette de Lemberg à Lvov.

En 1867, il obtient un doctorat de Droit (jurisprudence) à l’Université Jagellonne de Cracovie. Il rejoint la section de la presse au cabinet du premier ministre à Vienne. C’est à cette époque où il est haut fonctionnaire impérial qu’il « tombe dans l’économie politique »3.

Les Principes d’économie politique

En 1871, il publie ses Principes d’économie politique [Grundsätze der Volkswirtschaftslehre] qui fait de lui un des fondateurs de l’école néo-classique.

En 1872, il entre à l’université de Vienne comme maître de Conférences non payé puis devient professeur associé à plein temps en 1873.

Précepteur du prince héritier Rodolphe de Habsbourg

En 1876, il devient un des précepteurs du prince héritier Rodolphe auquel il fait découvrir « l’Europe de l’Ouest : Îles britanniques, France, Allemagne, Suisse, etc. » et la modernité industrielle et économique de son temps. Grâce à Menger, Rodolphe écrit sous pseudonyme dans un journal, libéral, d’opposition et durant la tournée ils écrivent à deux un « un petit essai intitulé La noblesse autrichienne et sa vocation constitutionnelle, publié (anonymement) à Munich en 1878 »4. Les textes des cours donnés par Menger à Rodolphe ont été publiés par Eric Streissler5. (En 1889, Rodolphe meurt à Meyerling en compagnie d’une jeune maitresse ; on ne sait pas quelle fut la réaction de Menger ni s’il fût éclaboussé de près ou de loin par ce possible meurtre).

Professeur de l’université de Vienne et protagoniste de la « querelle des méthodes »

À son retour à Vienne en 1879, il est nommé par François-Joseph Ier d’Autriche, grâce en partie à l’appui de Lorenz von Stein6 professeur d’économie à l’université de Vienne. Il occupe la chaire de théorie économique créée outre celle déjà existante de sciences camérales [„Kameralwissenschaften“].

À la fin des années 1880, il est un membre important d’une commission chargée de réformer le système monétaire autrichien, ce qui l’amène à écrire en 1892 l’article « Sur l’origine de la monnaie » [“Geld”].

En 1883, il publie son livre Recherches sur la méthode dans les sciences sociales et en économie politique en particulier [Untersuchungen über die Methode der Socialwissenschaften und der politischen Oekonomie insbesondere] qui provoqua un conflit avec l’école historique allemande connu sous le titre de « querelle sur les méthodes » [„Methodenstreit“].

Outre ces deux piliers de son œuvre, Menger a laissé des écrits nombreux, dont très peu sont actuellement disponibles en langue française :

  • « Contribution à la théorie du capital », Revue d’économie politique, 1887, n° 2, p. 577-594, résumé-adaptation de Zur Theorie des Capitales, par Charles Secrétan.
  • « La monnaie mesure de valeur », Revue d’économie politique, 1892, n° 6, p. 159-1757

Vers l’élaboration d’une deuxième version des Principes

Menger laissa sa chaire, en 19038 (donc à 63 ans) entendait, autant qu’il est possible d’en juger par les archives, que les connaissances qu’il avait acquises en philosophie et en psychologie notamment puissent servir, mais il serait faux de penser que sa position fut favorable à une « école de psychologie dans le champ économique » [„eine Psychologenschule“] comme l’écrit Oskar Kraus.9 Menger mourut en 1921. Il avait pris, au-delà de l’universitaire, la stature d’un grand penseur classique. Menger et ses premiers disciples font alors partie des économistes et juristes qui « plus que toute autre élite universitaire fournissaient les membres de la bureaucratie impériale ». Lui-même est « un haut fonctionnaire héritier des Lumières joséphiennes, mêlant libéralisme économique, conservatisme politique, et préoccupation prédominante pour la vérité scientifique. »10

Bibliographie

CAMPAGNOLO Gilles, [2008] Carl Menger : Entre Aristote et Hayek aux sources de l’économie moderne, Paris, CNRS Éditions, coll. « CNRS Philosophie », chap. I « Carl Menger (1840-1920) : professeur et haut fonctionnaire d’Empire », p. 15-51

–––––––, [2011] Existe-t-il une doctrine Menger ? Aux origines de la pensée économique autrichienne, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, coll. « Collection Episteme », « introduction – “Existe-t-il une ‘doctrine Menger’ (eine Mengerlehre)” », p. 31-42

Notes


  1. Aujourd’hui Nowy Sącz en Pologne. 

  2. Pascal Bridel, [1992] “Editing Economists and Economists as Editors: Papers Given at a Conference Held at the Centre D’études Interdisciplinaires Walras-Pareto, University of Lausanne, Librairie Droz, p. 97. 

  3. Joseph T.Salerno, p. 2. 

  4. « Le texte se trouve aujourd’hui dans : Kronprinz Rudolf, Majestät, ich warne Sie…, dir. Harmann, Munich-Zurich, Pieper Verlag, 1987, p. 20-52 – le texte attribué en propre à Menger se trouve p. 36-42. [Campagnolo 2008, p. 35]. 

  5. STREISSLER E. et Monika (eds.), [1994] Lectures to Crown Prince Rudolf by Carl Menger, Brookfield, E. Elgar. 

  6. Campagnolo 2004, p. 280. 

  7. Non reproduit par Hayek, mais reproduit en appendice dans la seule biographie intellectuelle de Menger en français, publiée par Gilles Campagnolo, en 2008. 

  8. Campagnolo 2004, p. 280. 

  9. Kraus O., Die aristotelische Werttheorie in ihren Beziehungen zu den Lehren der moderner Psychologenschule, Zeitsschrift für die gesamte Staatswissenschaft, Tübingen, Laup’schen Buchhandlung, 1905. 

  10. Sandy Gloria-Palermo 1999, p. 861.